Parmi mes croyances figure une métaphore : les hypersensibles sont conscients de l’existence du soleil ; plutôt que profiter de sa lumière et de sa chaleur, les HS regardent le soleil droit dans les yeux, et en souffrent.

Longtemps, j’ai pensé que lorsque l’on est hypersensible, il suffit de ne pas regarder le soleil dans les yeux, de mettre des lunettes de soleil, de mettre de la crème solaire, et tout ira bien.

Je pense désormais que c’était un leurre.

Si l’on poursuit cette métaphore céleste, les non hypersensibles se situent entre Mars et Pluton, et souffrent donc rarement de la présence du Soleil, pour autant qu’ils en aient conscience de son existence. Alors qu’un hypersensible, au mieux, se situe sur Terre, et a souvent l’impression d’être sur Vénus, Mercure, ou même d’être le Soleil lui-même, source de tout, ses joies comme ses tourments.

Pendant des années, je pensais que l’on pouvait cloisonner le Soleil, maîtriser sa chaleur, être indifférent à sa lumière, qu’écouter ses émotions était une faiblesse, les montrer était un danger, et les ressentir un risque. J’ai, au cours de ces années, développé diverses pathologies soignées à grands renforts, selon les périodes, d’anxiolytiques, de thymorégulateurs, d’antidépresseurs, de somnifères…

Mon syndrome de la crevette m’a fait construire une carapace pour me protéger des agressions extérieures, sans prendre en compte le fait que j’étouffais à l’intérieur, et que je ne me laissais aucun espace pour évoluer, progresser, me transformer. Vivre.

Entre 2003 et 2009, trois thérapies, avec la même bienveillante thérapeute, m’ont permis de faire le point, de me comprendre, de comprendre d’où je venais, comprendre que je ne suis pas responsable de mes traumatismes. Mais je savais que ce n’était qu’une première étape. Il m’aura fallu onze ans, et cette période d’incertitude que nous traversons depuis maintenant trois mois, pour accepter le fait que j’étais vraiment prêt, pour une vraie introspection. Voici plusieurs années, j’ai rencontré, à deux reprises, chez une amie commune, Laurence, hypnothérapeute. Voici deux ans, je lui ai écrit pour la solliciter, en lui précisant que je la recontacterai quand je serai prêt. Deux ans plus tard, et après trois séances en sa compagnie, je réalise qu’il m’aura fallu attendre d’avoir 48 ans pour accepter de m’écouter, à défaut de m’accepter, et ce chemin n’aurait probablement pas été envisageable sans un auxiliaire inattendu : la camomille romaine, dont l’huile essentielle est celle du lâcher prise et de l’apaisement.

Deux gouttes sont obtenues grâce à la distillation de 500 grammes de fleurs, et ces deux gouttes me permettent, non seulement de me relaxer et de m’endormir paisiblement, mais également de dormir quatre à six heures de sommeil réparateur, sans fatigue, sans angoisses, sans cauchemars, ce qui ne m’est plus arrivé depuis bien des années.

Trois semaines après avoir entamé cette thérapie, il serait prématuré de vouloir en tirer des conclusions durables, mais je suis confiant, car grâce à Lao Tseu, je sais que même le plus long des voyages commence par un premier pas. Long is the road.

Jean-Michel Fontaine Rolle, le 8 juin 2020

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